vendredi 9 mai 2008

SALARI-MAN' サラリーマン

Quand on ne connait pas un pays, qu'il nous est étranger et qui est tellement à l'opposé de notre culture, on se fie souvent à ce qu'on en entend, on le réduit aussi souvent à des stéréotypes, des idées reçues qu'on espère contredire en s'y rendant, en creusant un peu.
L'un des stéréotypes sur les Japonais et plus particulièrement sur les habitants (masculins) de Tokyo est qu'ils se tuent au travail (ils en meurent même!), qu'ils ne vivent que pour et par leur travail, passant leur vie au bureau, dormant sur place, n'ayant pas de vie de famille... ces travailleurs là ont un nom, un nom qui n'existait pas dans la langue japonaise, et qui a été emprunté à la langue anglaise (d'où l'absence de kanji, et l'écriture en katagana): les salary man (salari man').
J'ai voulu croire que ce n'était encore une fois qu'un stéréotype infondé. Et pourtant, je m'en suis rendue compte et tous les gens qui vivent ici depuis longtemps que j'ai rencontrés (japonais et gaijin) me l'ont confirmé: les salary man ne vivent que pour et par leur entreprise, travaillant tard, allant systématiquement boire du saké entre collègues en sortant du bureau et rentrant tous les soirs complètement saouls chez eux rejoindre leur femme et leurs enfants qu'ils ne voient jamais. J'en ai croisés pas mal ce soir dans le dernier métro qui me ramenait à la maison, qui dormaient sur le quai ou dans le métro, qui se faisaient réveiller par le conducteur au terminus, tous encore engoncés dans leurs costumes noirs de pingouins ...
Jusqu'à quel point tous ces hommes acceptent-ils une telle vie? Quelle est la part de révolte? Quelle est la part de sacrifice? Quelle est la part d'héritage culturel dans tout ça? Jusqu'à quand les femmes japonaises accepteront-elles de vivre sans jamais voir leurs maris? Les générations futures suivront-elles le même chemin alors que, contrairement à leurs aînés, elles ne peuvent plus espérer passer leur vie entière dans la même entreprise?
Dans une société économiquement forte telle que la société japonaise, où le taux de chômage est particulièrement bas (3,8%), pourquoi accepter de telles situations?

Moi qui travaille aussi énormément mais dans de bonnes conditions, avec beaucoup de plaisir, et dans un domaine qui me plaît, et après avoir passé la soirée avec Nicolas, journaliste économique qui vit ici mais sans y être vraiment (il voyage pas mal, il travaille en anglais avec le monde entier mais peu avec des japonais, il ne parle pas mieux que moi après plus d'un an 1/2 sur place et ne compte pas ses heures non plus, toujours relié au monde par son blackburry), je réalise que nous sommes tous un peu des salary men à notre manière. A des degrés différents, travaillant pour pouvoir manger et payer nos factures mais aussi pour exister, certains pour faire partie d'un groupe, trouver une "famille", d'autres pour se sentir utile, certains pour combler le manque de leur existence, d'autres encore pour apprendre et découvrir. Le travail, c'est la santé, qu'ils disent! Est-ce vraiment le cas au Japon? Est-ce vraiment le cas pour nous tous? Ne serions-nous pas mieux à nous dorer la pilule avec un bon livre sur une plage de Thaïlande ou à Bali?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Jill : One point !
Rapha

petite laure a dit…

La classe!
Ces pensées philosophiques me ravissent, pour ma part le choix a été très rapide, même si j'ai la chance d'avoir un métier qui me plait énormément, il est hors de question que je me tue à la tache : on a qu'une vie (dont on ne connais pas la durée)
Alors carpe diem : je vote pour les plages de Bali ;)
Bisous ma grande

Anonyme a dit…

Tout dépend du point de vue où l'on se place par rapport à l'idée que l'on s'en fait :0)
Certains diront que les plages de thaïlande ou d'Indonésie, ce n'est pas toujours l'endroit idéal pour se dorer la pilule avec un bon livre!
Mais il est vrai que les tsunamis en Asie sont moins fréquents que les tremblements de terre au Japon.
Toutefois pour les doigts de pieds en éventail avec le bouquin sur un coin de littoral relativement calme, je suis preneuse.
Bizzz
Maouise