jeudi 8 mai 2008

JISHIN' 地震

2 heures du matin, je suis pieds nus sur le bitume, au milieu de la toute petite rue, en face de ma maison que j'ai quittée précipitamment. J'appuie bêtement plus fort mes pieds sur le sol, inconsciemment. Evidemment, ça ne sert à rien, ça ne retire pas cette sensation étrange que le sol tremble, que les arbres bougent, et que toutes les portes des maisons alentour font du bruit en étant secouées. J'entends des sirènes au loin. Mais personne ne semble réagir, je reste seule. Seule, pieds nus, au milieu de cette petite rue, quelque part dans le quartier de Ryogoku.
La secousse s'arrête et ne restent qu'une sensation de vertige, une sorte de mal de terre qu'on peut avoir en descendant d'un bateau, et la réalisation que je viens de vivre un tremblement de terre (jishin').

Au Japon, la Terre tremble tous les jours, des milliers de fois par an, mais on ne le sent pas. Par contre, lorsqu'elle s'énerve, et qu'elle tremble un peu plus fort que d'habitude (épicentre à 6.7 sur l'échelle de Richter), comme ça a été le cas à plusieurs reprises la nuit dernière, vous avez beau avoir été prévenue, c'est loin d'être rassurant. Quoi faire? comment réagir? où aller? "zut, je n'ai pas regardé le plan d'évacuation du quartier" (qui, soit dit en passant, ne me serait pas très utile, vu que je ne peux pas le lire!)...
Il n'y a finalement rien à faire qu'attendre que ça passe. C'est passé, j'ai réussi à m'endormir pour aller tourner ce matin le 3e et dernier jour du dohyo-tsukuri ainsi que le yobidashi d'Oshima Beya s'entraîner au tambour avant le début du basho dimanche.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Boudu, tu écris vraiment comme une romancière: en te lisant, j'ai ressenti le tremblement de terre. Du coup j'ai demandé autour de moi s'ils ressentaient aussi le sol trembler. Non, seule la lecture de ta journée (ou plutôt de ta nuit) m'a donnée cette sensation. Même dans l'extraordinaire, tu es une véritable reporter qui relate les événements de manière exceptionnelle.
Je t'embrasse
Maouise

Vincent a dit…

C'est vrai que tu écris bien. Cela se voyais dans les autres messages mais là ça éclate vraiment. Je sais pas si tu as particulièrement bossé ce texte, si c'est l'ambiance ou autre chose mais il est vraiment remarquable.

Anonyme a dit…

Moi aussi, tu m'as fait trembler avec toi...
Et les pingouins, qu'est-ce qu'ils en disent ?
Ta Caille

Zabounette a dit…

J'avais 8 jours de retard dans ma lecture, et je suis passée avec plaisir du mont Fuji "sans cime" à la poussière du nouveau dohyo, en m'attardant un peu au Kinema club (elles sont où les photos trash ???). Puis j'ai admiré ta maison en carton (était-ce prémonitoire ???!!!) et après je me suis vu pieds nus dans la ruelle, tremblante (au moins 8 sur l'échelle de ma peur).
Merci mille fois pour toutes ces émotions.
Grosses bises et remets toi bien de la colère de la terre.

Jill a dit…

Merci pour ces compliments. Certains soirs, il m'est tres difficile de trouver l'axe de mon texte, je le tourne et retourne dans tous les sens avant d'en sortir quelque chose (ça doit se sentir) mais hier, bizarrement, c'est venu tout seul. Ce n'était qu'une histoire de sensations... fortes. Du brut.
La Terre, pourtant, ne m'a pas laissée tranquille... elle gronde toujours sous le Japon... c'est une nouvelle secousse qui m'a réveillée ce matin... espérons que ça ne se reproduise pas trop souvent!
Bisous à tous et merci pour le soutien.