La journée a été longue et bien remplie. Remplie d'activités (shopping de dernière minute, sacs, photos d'identité, tri, rangement), et remplie de belles rencontres aussi.
Ce midi je suis allée à Shimokitazawa, un quartier un peu hippie, me faire couper les cheveux. Pourquoi aller à l'autre bout de la ville alors qu'il y a des coiffeurs (tokoya) à tous les coins de rue? Parce que Virginie m'avait parlé de ce couple de petits vieux et j'avais envie de les rencontrer... Exceptionnellement aujourd'hui il n'y avait qu'elle. Petite, les cheveux dorés et gris, une paire de ciseaux à la main et un sourire qui a illuminé son visage quand elle m'a accueillie. J'ai eu la chance que c'était une journée calme dans son petit salon de coiffure - galerie d'art... elle m'a gardé plus d'une heure, on a papoté, échangé, rigolé... et au final on était toutes les 2 très contentes du résultat (ce qui est rare dans mon cas... mon cher père pourrait vous le confirmer!). Une belle rencontre. Une bonne adresse à converser précieusement pour une prochaine fois, qui sait?
Ce soir, Rika m'a emmenée chez ses parents qui habitent dans le quartier. Elle trouvait intéressant pour moi que je montre mes photos à son père qui édite des photos pour un magazine (.... de motos! mais ça, je l'ai su bien plus tard!). Je trouvais intéressant de les rencontrer, de découvrir une nouvelle facette de Rika et de montrer mon travail à des Japonais. Evidemment, pour ceux qui connaissent le Japon et encore plus pour ceux qui font partie de cette culture, les diptyques sont moins forts, moins "exotiques", c'est sûr et c'est bien de s'en rendre compte. Pourtant, certains les ont fait rire, les autres leur ont fourni des informations qu'ils n'auraient pas compris sans une seconde photo... et je reste persuadée que je peux faire passer plus de choses via les diptyques. Le choix est maintenant fait. Reste demain à tout finaliser, j'espère que j'arriverai à tout faire à temps... En tout cas, je suis tous les jours étonnée de la gentillesse des gens que je rencontre, qui m'accueillent les bras grand ouverts, qui s'intéressent à ce que je peux bien vivre dans leur pays et qui me livrent leurs histoires...
Me reste en mémoire ce récit du père de Rika: lui enfant assis sur les marches du koban (petit commissariat de quartier) en face de chez lui, qui regarde autour de lui ... il ne voit que des ruines à perte de vue... des tas de débris... de la fumée... des maisons à terre... sa maison à terre.... plus rien autour de lui que ce koban en pierre, le seul bâtiment de tout le quartier qui soit encore debout après les bombardements. C'était il n'y a pas si longtemps, au début des années 40. Ils sont encore quelques uns à pouvoir nous le raconter... Je me sens privilégiée ce soir d'avoir pu faire une si belle rencontre, si émouvante, si tendre.